Un retour à la compétition après huit ans d’absence

Un retour à la compétition après huit ans d’absence

Alexandra Boulanger

Crédit photo : Gracieuseté - Sébastien Gervais Photo

Une des joueuses les plus âgées de la ligue universitaire canadienne de hockey, Alexandra Boulanger pourrait terminer sa carrière à 32 ans, si elle profite de chacune de ses quatre années d’éligibilité. Une opportunité en or que les Carabins de l’Université de Montréal lui ont offert en janvier dernier et qu’elle savoure depuis.

Malgré les quelques mois qui la séparent de la trentaine, la hockeyeuse de Brossard conserve ironiquement un statut de recrue dans la chambre de hockey.

«Je ne ressens pas vraiment que je suis la plus vieille, rassure-t-elle. Parfois, ça me frappe. Je me demande comment les autres voient ça. Mais dans ma tête, je suis une joueuse comme les autres.»

Un séjour avec les Stars
Alexandra Boulanger possède un bagage de hockey plutôt intéressant. Après avoir enfilé le chandail des Lynx du cégep Édouard-Montpetit il y a de cela plus d’une décennie et avoir participé à plusieurs rencontres avec les Stars de Montréal chez les professionnelles, elle s’est dirigée vers Halifax afin de s’aligner avec les Huskies de l’Université Saint-Mary’s qui, selon ses dires, ont connu un calendrier 2008-2009 désastreux.

Même si elle désirait améliorer son anglais et devenir parfaitement bilingue dans son domaine d’études, la gestion, des raisons personnelles lui ont fait plier bagage et l’ont vue revenir au Québec, mettant fin abruptement à sa passion sur deux lames.

«Au début, le hockey ne me manquait vraiment pas», lance-t-elle.

Pendant deux à trois ans, il n’y avait plus d’intérêt. Une coupure franche avec ce milieu était nécessaire. La fin de ses études à l’Université Concordia, la passion du voyage et les différents projets avaient pris le dessus.

À la croisée des chemins
Quelques années sur le marché du travail ont toutefois suffi pour qu’Alexandra réalise qu’elle n’avait pas trouvé sa voie.

«Je ne me voyais pas rester dans un bureau, devant un ordinateur toute la journée, avoue-t-elle. Je voulais vraiment travailler dans le domaine du sport et plusieurs offres d’emploi demandaient des études en kinésiologie.»

C’est ainsi qu’en 2016, le femme de 29 ans a effectué un retour sur les bancs d’école. Entretemps, en 2013, elle rechaussait les patins, simplement pour le plaisir.

La jeune femme se dit chanceuse d’être entourée d’une famille qui la soutient dans sa démarche, ce qui lui permet de se concentrer à 100% à ses études et au hockey. Sans engagement financier, elle se trouvait «dans une bonne position» pour un retour aux études.

Un retour progressif sur glace
Lors de son retour au jeu dans des «ligues de garage» en 2013, à sa plus grande surprise, elle continuait de s’améliorer. Croyant avoir ce qu’il fallait pour aider les Carabins, elle a redoublé d’ardeur lors des entraînements. Seulement deux pratiques ont été nécessaires pour qu’on lui confirme son poste dans la formation 2017-2018 de l’Université de Montréal, en janvier.

Cette occasion tombée du ciel représente beaucoup pour la principale intéressée, qui éprouve une grande dose de gratitude envers l’organisation qui a pris sa candidature au sérieux.

«C’est une deuxième chance, j’imagine! Un accomplissement, aussi, c’est certain, pense Alexandra Boulanger. Peu de filles de mon âge ont cette opportunité et ont le courage de la saisir. Je ne crois pas qu’il y en ait beaucoup qui ont la motivation et la discipline pour retrouver le niveau de jeu et de forme physique d’il y a huit ans.»

«J’avais l’impression de ne pas être allée jusqu’au bout de mes capacités en tant que joueuse. Surtout que je constatais encore une amélioration dans mon jeu, ajoute-t-elle. Je me demandais parfois quel niveau j’aurais pu atteindre si je n’avais jamais arrêté.»

Avec ses 3 points en 10 rencontres cette saison, Alexandra Boulanger ne s’inquiète pas outre mesure de sa contribution offensive, elle qui évolue sur le quatrième trio, une responsabilité qui lui sied bien.

«Mon rôle est plutôt défensif, avance-t-elle. Je joue souvent en désavantage numérique. On arrive à marquer, mais quand ça arrive, c’est un boni. Plus l’année va avancer, plus on va développer une complicité.»

Elle a cependant marqué à deux reprises en début de saison, lorsque les Carabins ont défait les Martlets de l’Université McGill 2 à 1.

La doyenne du vestiaire
Qu’elle le veuille ou non, son âge fait d’elle la plus vieille de la chambre de hockey, ce qui vient avec des taquineries mais aussi son lot d’avantages.

«Ça m’aide à avoir une différente perspective des événements, constate-t-elle. Je prends certaines situations avec un grain de sel. J’aborde les problèmes différemment. Je vois beaucoup d’avantages à être plus âgée dans mes relations avec le personnel d’entraîneurs. Avec les filles, on en rit plus qu’autre chose.»

À titre de doyenne du vestiaire, elle ne se dit toutefois pas responsable d’apporter plus de leadership que ses coéquipières, encore moins de jouer à la mère.

«Non, ce n’est vraiment pas dans ma personnalité, mentionne-t-elle en riant. Je suis une recrue, et de toute façon, le leadership, ça ne s’apprend pas. Tu l’as ou tu ne l’as pas.»

Un retour chez les professionnelles?
Son passage en tant que substitut chez les Stars de Montréal – les anciennes Canadiennes − alors qu’elle n’était qu’au cégep demeure un bon souvenir pour Alexandra. Ferme-t-elle la porte à un essai avec la formation montréalaise après l’Université? La réponse est non, mais…

«On verra rendu là. Ce n’est pas dans pas dans la mire présentement, affirme le #4 des Carabins. Ça m’amène à presque 33 ans et j’aurai peut-être d’autres projets rendue-là.»

Somme toute, elle ne regrette rien de son parcours.

«En général, je suis satisfaite des choix que j’ai faits et je ne regrette rien. À des moments précis, j’ai pris les décisions qui semblaient être les meilleures pour moi. La vie fait parfois bien les choses. Si je n’avais jamais arrêté, je n’aurais pas eu la chance de me joindre aux Carabins et de faire toutes ces rencontres», conclut Alexandra Boulanger, philosophe.

Une mode renversée
Lors du premier passage d’Alexandra dans les rangs universitaires, il n’était pas rare d’observer des joueuses s’exiler vers les ligues atlantiques. Elle remarque que le calibre a changé, et ce, pour le mieux.

«C’était la mode de partir. Maintenant, c’est renversé, indique-t-elle. La ligue au Québec est maintenant plus forte, car le bassin de joueuses est plus vaste. La rapidité d’exécution aussi a évolué. Les programmes francophones aident aussi à inciter des filles à jouer au Québec.»

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