Pygmalion: Chassez ce joual que nous ne saurions entendre !

Pygmalion: Chassez ce joual que nous ne saurions entendre !

Bien que comique, Pygmalion porte les dénonciations et convictions de son auteur, Georges Bernard Shaw.

Crédit photo : Gracieuseté - Caroline Laberge

THÉÂTRE. Écrite en 1912 par Georges Bernard Shaw, la pièce Pygmalion, qui a inspiré le célèbre film My Fair Lady, a encore à dire sur notre époque et n’a pas perdu de son comique. Les productions La comédie humaine s’arrêtent à Brossard le 20 mars pour présenter «leur» Pygmalion, transposée dans le Montréal de 1938. Entrevue avec le metteur en scène Martin Lavigne.

Pourquoi avez-vous souhaité monter cette pièce?

«Cette histoire m’a toujours fasciné. Celle du mythe grec, de changer la statue en forme humaine. Dans notre société, on a le goût de transformer bien des choses encore, les façonner à notre manière. C’est encore très d’actualité. La pièce renferme aussi les préjugés sur les riches et les pauvres. Georges Bernard Shaw est un auteur engagé, qui a osé écrire en 1912 l’histoire d’une jeune fille sans éducation, qui, avec des cours et des efforts, en vient à dépasser son maître, un homme riche, éduqué et réputé. La pièce a été censurée à l’époque, ç’avait fait un scandale.»

Pourquoi avoir choisi de camper l’histoire à Montréal en 1938?

«Il y avait tellement de possibilités de parler de notre histoire, de Montréal et du Québec. J’ai mis beaucoup de notes historiques, sans que ça soit un cours d’histoire. Avec des références à Adélard Godbout et Maurice Duplessis, à ce qui se passait à l’époque, il y a un lien d’appartenance.

Puis, à cette époque, un an avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, Gratien Gélinas commence avec ses Fridolinades, il y a La Poune. Il y a une magnificence par rapport à la culture québécoise. Et l’accent du joual était très contesté. Ce qui se jouait à Montréal dans les années 1930, c’était du théâtre français; le joual était ridiculisé. Mais le joual était très répandu, il y avait les semi-bourgeois qui tentaient de bien perler et ceux qui s’exprimaient dans un français correct. La pièce permet d’explorer ces niveaux de langue et d’en faire une grande comédie. J’ai réécrit des scènes pour mieux voir l’évolution de la jeune fille essayer de bien parler, se tromper, pour finalement parler ce qu’on nomme aujourd’hui un français international.»

À quoi ressemblait le joual de cette époque?

«À Montréal, les è sonnaient comme des a, père se prononçait le pére. On s’est informé auprès d’experts en linguistique et une conseillère en phonétique a surveillé les comédiens pour s’assurer qu’on respecte cet accent. Environ 80% des répliques ont été réécrites, pour être sur la bonne tonalité.

Le joual, comme toute langue, a sa musicalité propre. Celui de Montréal a quelque chose de très sincère, de vrai. C’est étonnant de voir comment une langue, les accents peuvent évoluer.»

Comment décririez-vous le personnage de la jeune fille, Élisa, dans votre production? Est-elle différente de l’originale?

«Peut-être que l’Élisa originale avait moins de couleurs. Elle a plus de chien, de coffre. Elle se bat dans un monde d’hommes. Mais Shaw devait dealer avec son époque. Dans My Fair Lady, la fin a été changée pour en faire une histoire d’amour, ce que Shaw ne voulait pas. J’ai donné au personnage une couleur que je crois que l’auteur apprécierait. Sans me l’approprier, je crois que la pièce a une résonnance actuelle incroyable.

L’intérêt de la pièce est aussi de suivre l’évolution, l’arrogance du professeur Higgins envers son élève. Le défi de transformer cette chatte de gouttière en princesse amène tout le comique, la légèreté. La pièce a beaucoup de rythme. Les répliques sont franches, directes. C’est un beau moment de théâtre.»

 

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