On ne circulera pas sur le nouveau pont Champlain le 21 décembre

On ne circulera pas sur le nouveau pont Champlain le 21 décembre

Évalué à 4,5 G$, le projet du nouveau pont Champlain est l’un des plus importants chantiers en Amérique du Nord.

Crédit photo : Denis Germain - Brossard Éclair

CHANTIER. Le 25 octobre, le ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivités François-Philippe Champagne a annoncé que l’ouverture du nouveau pont Champlain, prévue le 21 décembre, était reportée au plus tard au mois de juin 2019.

L’essentiel de la structure devrait être terminé pour la fin décembre, a assuré le consortium Signature sur le Saint-Laurent (SSL), responsable du chantier. Des travaux d’électricité pour l’éclairage de la structure devraient également être réalisés au cours de l’hiver.

Mais les travaux de pavage et l’installation d’une membrane pour l’imperméabilité du tablier ne pourront être faits avant le printemps, en raison des basses températures.

Pénalités

Pour l’instant, impossible de connaître le montant des pénalités qui seront imposées au consortium pour les retards. Des négociations sont toujours en cours à cet effet entre le gouvernement fédéral et SSL.

Le contrat de construction prévoit des pénalités de 100 000$ à 400 000$ par jour de retard, jusqu’à un plafond de 150 M$.

«Lorsqu’il y a des retards, il y a des conséquences!, a indiqué le ministre Champagne. Mais ce qui est important, c’est qu’on livre le pont.»

Travaux de maintenance

Ce nouveau délai oblige la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain (PJCCI) à maintenir le vieux pont Champlain en bon état jusqu’à l’été 2019.

Si la condition actuelle de l’infrastructure préoccupe de nombreux automobilistes, le ministre Champagne s’est montré rassurant.

«Les gens doivent avoir confiance. C’est un pont sécuritaire et monitoré en temps réel. J’ai tout à fait confiance en nos experts», a expliqué le ministre.

Près de 10 M$ supplémentaires devront cependant être investis afin de maintenir la structure viable, a estimé la première dirigeante par intérim de la PJCCI Sandra Martel.

Cette somme s’ajoute aux 50 M$ investis par Ottawa au cours de la dernière année pour maintenir le pont en service.

Depuis un moment déjà, la structure du vieux pont est équipée de plusieurs supports et de treillis afin d’assurer son maintien. Depuis 2014, la PJCCI a déployé un ambitieux programme de surveillance, avec plus de 335 capteurs à fibre optique qui signalent en temps réel tout comportement inhabituel de la structure. Les composantes les plus sensibles sont l’objet d’une inspection détaillée aux trois mois et une inspection annuelle est réalisée sur l’ensemble du pont.

La structure sera prochainement dotée de renforts pour 39 de ses chevêtres. Des travaux sous-marins sont également en cours sur cinq semelles de ses piliers.

La PJCCI ajoute qu’elle possède également des treillis modulaires et des diaphragmes de remplacement pouvant être utilisés «si nécessaire».

Des retards engendrés par plusieurs embûches

Selon le directeur de la coordination de Signature sur le Saint-Laurent (SSL) Daniel Genest, les retards dans l’échéancier du nouveau pont Champlain s’expliquent notamment par les conditions météo difficiles des derniers mois, ainsi que par d’autres facteurs externes comme la grève des grutiers qui a paralysé le chantier durant quelques jours, en mai et en juin.

Lors du lancement du projet en 2015, SSL annonçait l’ouverture de la structure à la circulation le 1er décembre 2018. Le chantier a cependant connu son lots de problèmes et d’embûches depuis.

Tout d’abord, en août 2016, le gouvernement du Québec annonçait à SSL qu’il ne pourrait plus transporter de lourdes pièces préfabriquées sur les routes, obligeant le consortium à les transporter surtout par voie maritime, une opération beaucoup plus longue et plus coûteuse.

Puis, au cours des deux dernières années, le chantier a été frappé par plusieurs grèves, soit celle des employés de Ciment Lafarge-Holcim en février 2016, celle des ouvriers de la construction en mai 2017, celle des ingénieurs de l’État en juin 2017, ainsi que celle des grutiers en mai et juin 2018. Ces arrêts de travail ont considérablement réduit la cadence des opérations.

D’autres événements «hors du contrôle» du consortium sont également venu ralentir le chantier, comme lorsque la foudre s’est abattue sur l’une des grues en juillet dernier, stoppant presque complètement les opérations durant trois jours.

Tous ces contretemps ont forcé la main du gouvernement Trudeau, qui a annoncé en avril l’injection de 235 M$ additionnels dans le projet afin de doubler le nombre de travailleurs sur le chantier. On annonçait à la même occasion que l’échéancier était finalement repoussé au 21 décembre 2018.

Ces deux annonces avaient aussitôt fait sourciller de nombreux observateurs, sceptiques quant aux chances de SSL de compléter le projet dans les délais. Le vérificateur général du Canada Michael Ferguson avait d’ailleurs mentionné, dans un rapport déposé en mai, que cette promesse semblait «très ambitieuse», laissant croire qu’il doutait fortement que le nouveau pont soit livré d’ici la fin de l’année.

Selon le vérificateur général, la lenteur du gouvernement fédéral à annoncer la construction d’un nouveau pont, en 2011, a coûté aux contribuables plus d’un demi-milliard de dollars. Cette somme comprend les 306 M$ nécessaires pour les réparations majeures de l’actuel pont, ainsi que le dédommagement de 235 M$ pour SSL.

«La décision de remplacer le pont Champlain aurait dû être prise des années plus tôt», lançait M. Ferguson dans son rapport.

En réaction, le ministre de l’Infrastructure de l’époque Amarjeet Sohi avait réitéré que le pont serait ouvert à la circulation au plus tard le 21 décembre 2018.

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