La sécurité du pont Champlain au bout des doigts

La sécurité du pont Champlain au bout des doigts

Un système de surveillance à la fine pointe de la technologie permet de mesurer

INFRASTRUCTURE. L’actuel pont Champlain est mis à rude épreuve par les quelque 165 000 véhicules qui empruntent le lien entre Montréal et la Rive-Sud quotidiennement. Pour assurer la sécurité des usagers, un système de surveillance à la fine pointe de la technologie permet de mesurer, en temps réel, les faiblesses de la structure.

Sur le Chemin du golf, à L’Île-des-Sœurs, une salle réservée à la firme Cowi héberge une petite équipe, dirigée par René Tinawi. Des techniciens en informatique et des analystes passent la majeure partie de leur temps à colliger les données des 300 capteurs installés tout le long du pont. Entre les cinq ordinateurs et le four micro-ondes, l’avenir à court terme de la structure est analysé au peigne fin.

«Maintenant on peut savoir à la minute près quelle partie est surchargée. À l’époque, il fallait tout calculer à la main, ça pouvait prendre des mois», explique M. Tinawi, un ancien professeur de Polytechnique Montréal.

Grâce au logiciel Intelibridge, une voie est fermée aussitôt que le seuil de 120 microdéformations, une unité servant à mesurer les portions  du pont à risque, est atteint. Par précaution, une préalerte est lancée avant d’atteindre ce nombre critique.  Il peut s’agir d’une situation exceptionnelle ou momentanée, comme le passage de plusieurs poids lourds simultanément.

Une fois par mois, PJCCI procède à des tests de charge, en faisant rouler un camion sur le tablier durant la nuit, afin d’avoir une référence du poids que peut supporter le pont. La capacité de vibration normale des poutres équivaut à 2,5 hertz. En bas de cette fréquence, il y a analyse et potentiellement une intervention.

Les mesures d’inspection ne se limitent pas aux senseurs. Des rayons X sont pris régulièrement pour évaluer l’état des câbles dans le béton. Des inspections sous-marines avec radar 3D ont aussi lieu autour des piliers.

Renforcement unique

Pour renforcer le pont, des travaux ont été entrepris en 2014, à la suite de la fissure qui a forcé l’installation de la superpoutre. Quelque 41 treillis modulaires en acier, longs de 50m, hauts de 3m et pesant chacun 50 tonnes, ont été installés pour assurer la résistance du pont usé.

«Des poutres existantes soutenues par des treillis, ça ne s’est jamais fait à ma connaissance», estime le directeur de projets, Pascal Levis.

Encore 53 treillis doivent être posés d’ici 2018. Ils ont une durée de vie utile de 10 ans environ. Ces travaux représentent une tâche complexe pour la quinzaine d’ouvriers nécessaires, puisque chaque treillis prend trois jours de travail complets, parfois sur l’eau, pour être installés.

«On ne peut pas remplacer de poutre, parce que tout est lié dans la structure, c’est compliqué à cause de ça», indique l’ingénieur du système des inspections, Andrei Breaban. Bien que le pont soit maintenant sécuritaire, il reste beaucoup de travail à réaliser jusqu’à son démantèlement, selon lui.

Parmi les autres méthodes de renforcement complémentaire, notons la réfection du béton et l’application de fibres de carbone à certains endroits.  Les ouvriers s’efforcent aussi à faire de la post-tension longitudinale, une technique de compression de la structure utilisant des câbles d’acier.

D’ici la mise hors service du pont en 2018, il est prévu qu’environ 326 M$ seront dépensés dans les travaux d’entretien. Presque 150 travailleurs œuvrent sur le chantier. (C.C-P)

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