George Laraque a-t-il été favorisé pour un contrat public en Alberta ?

George Laraque a-t-il été favorisé pour un contrat public en Alberta ?

L'ex-hockeyeur George Laraque est accusé d'avoir fraudé son entreprise et son ex-partenaire d'affaires

JUSTICE. George Laraque pourrait avoir été favorisé dans le cadre d’un contrat public pour l’achat d’une patinoire synthétique en Alberta, selon son propre témoignage dans le cadre de son procès pour fraude.

Laraque témoignait hier au palais de justice de Longueuil. Il est accusé d’avoir fraudé sa compagnie de patinoires synthétiques, Super-Glide Canada, dont les bureaux sont situés à Brossard, ainsi que son partenaire d’affaires Marc Filion.

Lors de l’audience, Laraque a décrit ses échanges avec un fonctionnaire de la municipalité de régionale de Wood Buffalo, en Alberta. Le territoire de Wood Buffalo comprend Fort McMurray, mais les échanges concernaient la vente d’une patinoire synthétique pour la communauté de Fort Chipewyan, en 2010.

Selon l’ancien porte-couleurs du Canadien de Montréal, trois entreprises étaient invitées à envoyer des soumissions, dont la sienne.

«Il m’a dit "faites vos chiffres pour la soumission, mais vous avez gagné le bid"», a-t-il déclaré devant le tribunal.

«Je sais que les gens d’une ville ne devraient pas dire ça, mais il l’a dit pareil», a-t-il ajouté.

Non conforme

Le hic, c’est que George Laraque et sa compagnie n’avaient ni les permis ni les assurances pour être admissibles à un contrat public en Alberta, toujours selon son témoignage. C’est le même fonctionnaire qui en aurait informé l’ancien athlète, tout en lui offrant un moyen de contourner le problème.

«Il m’a dit "je ne vous ai pas dit ça, mais faites [la soumission] à travers la compagnie Wilco". J’ai contacté Wilco, et ils ont accepté.»

Selon divers médias albertains, la compagnie Wilco Construction a installé la patinoire en décembre 2010 au coût de 550 000$, mais c’est Laraque qui a fourni le produit.

Le Courrier du Sud a tenté de contacter la municipalité régionale de Wood Buffalo en fin de journée hier. Il n’a pas été possible de parler à un porte-parole à brève échéance.

Un stratagème répandu

Danielle Pilette, experte en administration municipale à l’UQÀM, affirme que ce genre de stratagème est fréquent partout, notamment au Québec avant la commission Charbonneau.

«Souvent, quand une entreprise ne répond pas aux critères de l’appel d’offres, elle deviendra sous-contractante pour une autre entreprise qui fait la soumission. Mais depuis la commission Charbonneau, les municipalités demandent de plus en plus que les sous-contractants soient soumis aux mêmes critères d’admissibilité que le contractant principal», explique Mme Pilette.

Selon la chercheuse, l’utilisation d’autres entreprises pour contourner les critères d’admissibilité risque de faire augmenter les coûts des contrats.

Favoritisme et complaisance

Selon Danielle Pilette, le fonctionnaire albertain a fait preuve de complaisance, voire de favoritisme envers George Laraque et Super-Glide Canada, si l’on croit le témoignage de l’ex-bagarreur du Canadien.

«Ce n’est pas le rôle d’un fonctionnaire municipal de donner des leçons sur les façons de faire aux acteurs du secteur privé», estime-t-elle.

Selon la professeure, l’attitude «imprudente» du fonctionnaire est fréquente dans la fonction publique lorsque certains employés en mènent trop large au sein de l’appareil municipal. Elle ajoute que le contexte albertain était favorable à ce genre d’attitude en 2011.

«À l’époque, l’Alberta nageait dans l’argent, même au niveau des municipalités. Pour eux, si un produit les intéressait vraiment, l’argent n’était pas un obstacle. Il n’y avait rien de trop beau en 2011», lance-t-elle.

Le procès de George Laraque a pris fin hier. Les avocats feront leurs plaidoiries à une date ultérieure.

Favoritisme… pour retirer la glace

Selon divers médias albertains, Wood Buffalo a eu plusieurs problèmes avec la patinoire de Fort Chipewyan. Après une année de service, des craques et des bosses ont commencé à apparaître sur la glace synthétique.

La municipalité a même dû payer une autre entreprise, Blue Rose Contracting, pour enlever la structure. Le problème, c’est que Blue Rose Contracting appartient à l’élu qui représentait Fort Chipewyan au conseil municipal de Wood Buffalo, ainsi qu’à un employé de la ville.

Après l’octroi du contrat, en 2011, un compétiteur s’est plaint au journal local The Northern Journal qu’il n’a jamais été invité à soumissionner pour le contrat. Selon le journal, Blue Rose Contracting est la seule entreprise à avoir envoyé une soumission.

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