Un élève du secondaire sur quatre a déjà consommé du cannabis

Un élève du secondaire sur quatre a déjà consommé du cannabis

Le cannabis est la drogue la plus populaire chez les jeunes du secondaire en Montérégie.

Crédit photo : Depositphotos

Alors que l’Association des médecins psychiatres du Québec estime que le gouvernement canadien ne doit pas autoriser la consommation de cannabis avant l’âge de 21 ans, la Direction de santé publique révèle que cette drogue est la plus répandue chez les jeunes du secondaire. Un peu plus d’un élève sur quatre de la région a consommé du cannabis au cours des douze derniers mois.

Selon un rapport de la Direction de santé publique, le cannabis se trouve loin devant les autres substances illicites consommées par les jeunes de la région. L’ecstasy (11%), les amphétamines et méthamphétamines (9%) et les hallucinogènes (7%) sont les autres drogues les plus consommées.

Près des 10% des élèves du secondaire consomment du cannabis à tous les jours et 39% en ont consommé moins d’une fois par mois ou environ une fois par mois.

Parmi les élèves du secondaire ayant consommé de la drogue, seulement 4% n’ont pas consommé de cannabis au cours de l’année.

«La consommation de toute substance psychotrope, comme la consommation d’alcool, qui est encore plus fréquente chez les jeunes du secondaire, est une situation sur laquelle la Direction de santé publique de la Montérégie se penche», explique la directrice Dre Julie Loslier.

Conscientisés dès l’école primaire

Que ce soit avec l’approche École en santé ou des programmes spécifiques de prévention, les élèves du primaire et du secondaire sont conscientisés et sensibilisés aux différentes dépendances. Mais «dépendamment de l’âge, nous ne travaillons pas de la même façon», explique la Dre Julie Loslier.

«Par exemple, dans les programmes de prévention au primaire, nous allons éviter de parler spécifiquement des substances, explique-t-elle. Plusieurs recherches démontrent qu’avant le secondaire, nous devons travailler sur des habiletés personnelles et sociales. Par exemple, la résolution de problèmes, l’estime de soi et la capacité à dire non.»

La directrice ajoute qu’un enfant qui a une plus forte estime de soi «sera davantage en mesure de faire face à des situations problématiques et consommera moins plus tard».

À l’inverse, les élèves ayant un indice de détresse psychologique élevé, une faible estime de soi ou qui évaluent leurs performances scolaires sous la moyenne sont proportionnellement plus nombreux à consommer du cannabis.

Retarder la consommation

Les habiletés sociales continuent d’être mises de l’avant dans les méthodes de prévention lorsque les jeunes font leur entrée à l’école secondaire. Toutefois, des programmes abordent alors plus spécifiquement chacune des substances.

«Nous cherchons à agir de façon proportionnelle, explique la Dre Julie Loslier. Nous n’agirons pas de la même manière avec un jeune qui a problème de consommation versus avec l’ensemble des jeunes. Nous ne voulons pas créer plus de problèmes que nous en avons.»

Dre Julie Loslier

La proportion de consommateurs de cannabis, qui est de 5% en 1re secondaire, grimpe rapidement pour atteindre 47% en 5e secondaire, soit près d’un élève sur deux.

«Il ne faut pas nier les effets du cannabis, mais il ne faut pas les démoniser non plus. Il faut les voir de façon proportionnelle avec d’autres psychotropes.» – Dre Julie Loslier

«Notre objectif en santé publique est de retarder la consommation, explique la Dre Julie Loslier. Nous savons que si notre objectif était que les jeunes ne consomment jamais, nous n’aurions pas les bonnes cibles d’action. Et nous envoyons le message suivant: plus vous consommer tard dans votre vie, moins vous avez de chance d’avoir éventuellement une consommation problématique et des conséquences.»

La Direction de santé publique mise aussi «sur les consommations à moindres risques» pour conscientiser les jeunes aux dangers de certains mélanges.

«Nous les conscientisons par exemple aux dangers de consommer et conduire et de mélanger drogues et alcool, mais aussi à la question des relations sexuelles dans une situation où les facultés sont affaiblies», précise la Dre Loslier.

Elle rappelle par ailleurs que de la même façon que l’alcool, le cannabis peut avoir des conséquences «s’il est pris en grande quantité et de façon régulière».

Parmi les élèves ayant consommé de la drogue au cours des douze derniers moins, plus de 20% ont consommé trois fois et plus par semaine ou tous les jours.

«Si un jeune consomme beaucoup et fréquemment, il y a des chances que son apprentissage et sa motivation en souffrent. C’est certain que ça pourrait affecter le développement du cerveau», conclut-elle.

Moins de recherches que pour l’alcool

La Dre Julie Loslier estime qu’un des grands problèmes dans la prévention de la consommation du cannabis est le manque de recherches sur le sujet.

«Nous savons que les psychotropes vont affecter le développement du cerveau, mais nous avons moins de recherches solides que pour l’alcool, étant donné que c’est un produit illicite. Nos moyens pour faire de la recherche sont plus limités», explique-t-elle.

De plus, elle explique que les données de surveillance sont aussi affectées puisque ce ne sont pas tous les jeunes qui vont accepter d’affirmer qu’ils consomment du cannabis, alors qu’il s’agit d’un produit illicite.

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