Communautaire: des travailleuses rémunérées en deçà de la moyenne québécoise

Communautaire: des travailleuses rémunérées en deçà de la moyenne québécoise

Les travailleuses communautaires de l’organisme Action-Services aux proches aidants de Longueuil dirigé par Diane Delorme

Crédit photo : Denis Germain - Brossard éclair

RÉMUNÉRATION. Les travailleurs du communautaire sont formés, diplômés, et ne comptent pas les heures dédiées à la collectivité. Or, ces derniers dénoncent leur précarité salariale et la non-reconnaissance de leur travail par le gouvernement.

Les membres des organismes communautaires tentent depuis plusieurs mois d’interpeller l’administration Couillard sur l’urgence de rehausser le financement des organismes communautaires avec la campagne nationale de mobilisation Engagez-vous pour le communautaire.

Alors que la grande majorité de ces postes sont occupés par des femmes, la Table régionale des organismes communautaires et bénévoles de la Montérégie (TROC) s’interroge: «Les travailleuses du communautaire sont-elles vraiment des travailleuses de seconde classe?»

0% d’augmentation

Si l’action communautaire représente près de 72 000 emplois à l’échelle de la province, le salaire horaire moyen d’une travailleuse du communautaire est de 18,54$, tandis que le celui de la province grimpe à 23,56$ et à 25,76$ en Montérégie. Cette différence de salaires représente environ 21%, selon le rapport du Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action communautaire (CSMO ESAC) et les données 2017 de l’Institut de la statistique du Québec.

«Le gouvernement ne démontre pas l’intérêt d’améliorer les conditions de ces milliers de travailleuses, mentionnent les membres de la TROC. Aucun nouveau crédit n’est prévu pour l’année à venir pour les organismes communautaires du domaine de la santé et des services sociaux. La situation ne pourra que se détériorer.»

Des diplômes non valorisés

Évoluant depuis plus de 20 ans dans le milieu communautaire et cumulant cinq ans d’études et de formations, la directrice de l’association Action-Services aux proches aidants de Longueuil Diane Delorme se dit indignée par ce manque de considération.

Diane Delorme

«On n’admet toujours pas que les professionnels du communautaire puissent être formés. On a cette image du bénévole qui monte son association dans son salon sans qualifications. On n’en est plus là. Nous n’avons eu aucune augmentation depuis plus de dix ans et les organismes qui peinent à se maintenir financièrement n’ont pas les capacités d’augmenter leurs employés.»

«Comme tous les autres travailleurs, nous sommes diplômés, qualifiés et obligés de nous perfectionner, d’actualiser nos connaissances. Mais la rémunération ne suit pas.» -Diane Delorme

Diane Delorme mentionne notamment que la dernière indexation perçue à l’automne représentait 0,7%, ce qui représente un surplus budgétaire de 1150$. «La simple facture d’Hydro-Québec pour l’organisme s’élève à 1250$, alors on comprendra bien que ce n’est pas avec ça que je vais augmenter les employés», illustre-t-elle.

Alors quand une hausse salariale de 11,2% jusqu’en 2023 est accordée aux médecins, les travailleurs du communautaire expriment unanimement leur indignation.

«Je ne dis pas que les médecins ne méritent pas ces augmentations, mais pourquoi nous nous retrouvons sans rien? C’est insultant…», déplore celle qui travaille plus de 45 heures par semaine sans que ses heures supplémentaires ne soient rémunérées.

«J’ai choisi cette cause par vocation et je fais une partie de mon travail bénévolement, ajoute Mme Delorme. Ce qui me préoccupe, c’est rejoindre le plus de personnes dans le besoin possible. Mais si rien n’est fait, j’ai peur qu’il n’y ait pas de relève. Il faut trouver une façon d’encourager la jeunesse.»

Obligées de cumuler deux emplois

À Action-Services aux proches aidants, la vingtaine d’employées est à temps partiel, faute de budget. Plus de la moitié d’entre elles ont un second emploi pour pouvoir subvenir décemment à leurs besoins, selon la directrice.

«C’est un beau milieu où les gens sont soudés et dévoués, mais on se retrouve à devoir se retrousser les manches pour aider des gens dans la précarité alors que nous-mêmes approchons la pauvreté, conclut la directrice de l’organisme. Ça n’a pas de sens… On n’a pas de régime de retraite, on a pas les moyens, mais la maladie aussi va nous frapper… Nous sommes à bout souffle.»

Les représentants des organismes communautaires ont déposé le 7 février une pétition demandant au gouvernement un réinvestissement de 475 M$ et marqué le coup d’envoi d’actions à travers la province.

En Montérégie, les organismes visitent les bureaux de députés et des actions de piquetage ainsi que des soupes populaires sont organisées.

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