Chantier du pont Champlain: 63 incidents depuis le début des travaux

Chantier du pont Champlain: 63 incidents depuis le début des travaux

Du début du projet au 30 juin dernier, le taux de fréquence d’incident sur le chantier était de 2,23.

Crédit photo : Archives - Brossard Éclair

SÉCURITÉ. Du début du chantier du nouveau pont Champlain en avril 2015 jusqu’à la fin juin de cette année, 63 incidents de travail ont été répertoriés. Une performance en matière de santé et sécurité «qui se compare très favorablement à ce qui se fait sur d’autres projets d’infrastructures d’une envergure semblable au Québec», selon le consortium Signature sur le Saint-Laurent (SSL), en charge du chantier.

De ces incidents survenus en 36 mois – soit en 5 521 203 heures travaillées – , on compte 17 incidents avec perte de temps, ce qui signifie que le travailleur blessé ne retourne par sur le chantier à son prochain quart de travail. «Par exemple, si le travailleur se blesse à la cheville et ne peut retourner au travail le lendemain de l’incident», illustre la porte-parole du consortium, Véronique Richard-Charrier.

Lors des 46 incidents sans perte de temps, le travailleur blessé a pu retourner sur le chantier le quart de travail suivant.

En date du 30 juin, le taux de fréquence d’incident est de 2,23 depuis le début du projet. L’indice à l’échelle provinciale rapporté par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) était à 8,78 en 2015.

Le taux de fréquence d’incident est le nombre d’accidents produits en fonction du nombre d’heures travaillées.

«La santé et la sécurité de nos travailleurs ne sont pas seulement une priorité; elles font partie de notre culture, insiste Mme Richard-Charrier. Un incident sur chantier est un incident de trop et nous souhaitons toujours améliorer nos pratiques. C’est pourquoi nous travaillons en ce sens avec les syndicats et l’ensemble des différentes équipes sur le chantier.»

Huit avis d’accidents

Du côté de la CNESST, on répertorie 8 avis d’accidents depuis le début de l’imposant chantier. De plus, 24 demandes ou signalements ont été rapportés pour cette même période. Les signalements regroupent tant les demandes d’intervention d’un travailleur et les plaintes que les signalements effectués par un passant.

Selon la responsable des communications à la CNESST Julie Robitaille, il est difficile de comparer ces chiffres avec ceux d’autres chantiers au Québec, car aucun ne peut se comparer en taille au plus grand chantier du Canada et en Amérique du Nord.

Elle affirme toutefois que la sécurité y est prise très au sérieux.

«Lorsqu’on doit aller sur place, on comprend parfois que c’est parce qu’il y a eu une difficulté à assurer l’application des méthodes de sécurité. Mais chaque fois où il s’est passé quelque chose, le maître d’œuvre a fait ce qu’il y avait à faire. Il a réagi rapidement et a aussi été proactif en identifiant les causes. Il applique les mesures correctives lorsque nécessaire, expose-t-elle. C’est un vrai travail de collaboration.»

Mme Robitaille rappelle que la loi oblige l’employeur à tenir un registre des accidents et incidents survenus sur le milieu de travail et d’assurer la santé et la sécurité sur le chantier.

Par ailleurs, la CNESST a rempli 58 rapports en lien avec ce grand projet d’infrastructure.

«Si un maître d’œuvre nous envoie un document et nous demande de l’analyser afin de s’assurer que les méthodes inscrites sont sécuritaires, on doit ensuite faire un rapport», donne-t-elle en exemple, pour illustrer le type de situation dans laquelle la production d’un rapport est exigé.

Des retards mais un échéancier presque inchangé

Bien que l’échéancier demeure fixé au 21 décembre 2018, «il est certain que l’absence des grutiers [lors de la grève en juin] a été une situation imprévue, admet la porte-parole de SSL. En se produisant à six mois du fil d’arrivée, elle a ajouté une pression supplémentaire sur l’échéancier. Nous procédons à une analyse approfondie et nous communiquerons les détails dès que possible.»

Les accidents ou incidents ont aussi parfois mené à des interruptions des travaux, de plus ou moins grande importance.

La grue à tour a par exemple été hors service la fin de semaine des 18 et 19 août en raison d’un incident survenu le vendredi en soirée, dans le secteur du pont à haubans.

Le câble de la grue à tour s’est rapidement déroulé lors d’un travail d’entretien de routine. Le crochet est tombé au sol, à l’intérieur d’une zone où l’accès était interdit. L’incident n’a fait aucun blessé, mais a été rapporté à la CNESST, qui enquête afin d’en déterminer la cause.

Une vérification complète de la grue a dû être réalisée, et des réparations ont été apportées.

Néanmoins, la pression de livrer le pont dans les délais prévus n’affecte pas la santé et sécurité des travailleurs, assure SSL.

Le nombre de travailleurs a toutefois monté en flèche. À la fin juin 2017, le chantier en comptait 650; actuellement, ils sont 1600, incluant les quarts de jour et de nuit.

«La supervision de la construction, santé et sécurité, qualité et environnement est prévue en conséquence, assure la porte-parole du consortium. En aucun cas nous ne demandons aux travailleurs de travailler plus vite. Nous ne ferons jamais de compromis en matière de santé et de sécurité.»

Sécurité sur terre et maritime

Le chantier du pont Champlain se démarque tant par sa complexité que son envergure, notamment en raison du travail sur l’eau.

«En plus de nos agents de prévention qui sillonnent les différents secteurs de construction sur la terre ferme, nous avons des équipes de sauveteurs nautiques, explique la porte-parole de SSL. Cette équipe patrouille le chantier maritime situé entre la jetée ouest de l’Île-des-Sœurs et la jetée du pont à haubans.»

L’équipe de sauvetage comprend douze sauveteurs nautiques, divisés en quatre équipes qui assurent une couverture complète durant les travaux.

 

 

Quelques chiffres

650

Nombre de travailleurs sur le chantier à la fin de juin 2017

1600

Nombre de travailleurs actuellement sur le chantier

8

Nombre d’avis d’accidents rapportés à la CNESST

 

Accidents et incidents récemment survenus en 2018

• 18 janvier: chute d’un ingénieur en soudure. Une grue a dû être employée pour effectuer le sauvetage. Le travailleur a subi des blessures mineures.

  • 21 février: un demi-chevêtre transporté par une grue a percuté celle-ci. Aucun blessé.
  • 27 février: un homme est blessé à la tête.
  • 31 mars: un grutier a électrisé une grue en l’approchant trop près d’une ligne à haute tension. Aucun blessé.
  • 17 août: le câble de la grue à tour se déroule lors d’un entretien de routine, entraînant le crochet dans une chute de plusieurs mètres. Aucun blessé.

Commenter cet article

avatar