Brossard, ma ville narcissique

Nous ne devrions pas avoir à combattre une nouvelle initiative mal avisée du conseil municipal concernant les véhicules de loisirs. Cela, juste après le malencontreux règlement concernant les sacs de plastique, interdits, et ceux de papier, obligatoires, nous obligeant à re-stocker maintenant les sacs de papier. Qui paye? Reste à voir aussi quelle sera leur tenue sous la pluie battante… Il faudra peut-être les plastifier…

Mais va pour les sacs de papier, malgré tant d’opposition manifeste des citoyens. Au moins peut-on y voir un avantage écologique. Mais ostraciser les propriétaires de véhicules de loisirs? Pourquoi?

C’est que la Ville se prend à rêver d’hégémonie, surtout depuis le développement du Quartier DIX30 qu’on nous présente comme un grand bienfait, mais qui n’est en réalité qu’une mégalomanie galopante, hors de tout contexte et de toute proportion. Non pas les marchands dans le temple, mais bien le temple des marchands, flanqué de l’ostentatoire secteur L.

Le nouvel idéal urbain de Brossard semble maintenant d’en mettre plein la vue.

Urbaine, contemporaine, ouverte sur le monde, clame le petit organe Ma Ville, porte-voix du pouvoir et des onctueux accomplissements municipaux.

Sans oublier le Loisard nombriliste, le bréviaire de toute la sophistication ludique qui finit par nous coûter un bras.

Oui, Brossard semble bien axée sur un urbanisme épuré, aseptisé, somptuaire et frappé d’une règlementite aigue.

La tonte des pelouses, l’arrosage et l’abattage des arbres sont régis depuis longtemps.

Et les ventes-débarras. Quelle restriction peut-il y avoir à dresser un étal improvisé chez soi, la seule chose qui met un peu de joie momentanée dans la rue?

Il faut maintenant un calendrier bien tenu pour la collecte des déchets et du recyclage. Petit cauchemar organisationnel. Des semaines comme celles du 9 mai, il n’y en a pas moins que quatre. Sans oublier le ramassage des «encombrants valorisables en bois». Prière de consulter l’Office québécois de la langue française en ligne pour bien s’assurer qu’il ne s’agit pas de nos conseillers…

Ce qui démontre qu’une fois l’arbitraire installé, la machine s’emballe.

On s’en prend maintenant à la présence de véhicules de loisirs sur les propriétés des citoyens, devant, derrière, sur les côtés du terrain. Pourquoi? Parce que «ça regarde mal», voyons! Surtout pour le monde sur lequel la Ville se veut si ouverte…

Vrai, comme en toutes choses, il peut y avoir de l’abus. D’immenses caravanes, parfois de la taille d’un autobus, qui bouchent la vue. Des unités décrépites qui font un peu crotté. Il y a toujours des cas. Mais cela reste le bien de leur propriétaire, le bien dans tout le sens du terme, un bien auquel il tient.

Si le conseil municipal réussit à s’opposer officiellement à la présence des véhicules de loisirs sur les terrains privés, attendez-vous à voir policer aussi une kyrielle d’autres éléments visibles. La couleur et la décoration extérieures des maisons. L’aspect de l’entrée. Les boîtes à fleurs, les décorations de Noël. Le remisage des tracteurs de jardin, bateaux, canots et BBQ. L’entreposage des bicyclettes, des pneus saisonniers, des équipements sportifs. Les fourgonnettes des petits commerçants. Les pick-ups des ouvriers. Les voitures-outils des chauffeurs de taxi. Voire le gabarit et l’aspect des véhicules particuliers.

Tout cela au nom d’une ville toujours plus verte, plus catholique que le pape. Or, s’il y a des citoyens verts, ce sont bien les campeurs.

Et s’il est interdit de garer nos véhicules de loisirs chez nous, sur nos terrains, où les entreposer alors? Au Quartier DIX30 peut-être? Dans un enclos de gala festif et écologique, à des loyers sans concurrence?

Non, il ne faut pas que Brossard devienne une ville où il fait bon ne pas vivre…

Jules Brossoir

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