« Les femmes ont leur place dans les Forces armées », assure la commodore Geneviève Bernatchez

« Les femmes ont leur place dans les Forces armées », assure la commodore Geneviève Bernatchez

Geneviève Bernatchez a été nommée juge-avocat-général le 27 juin à Ottawa.

NOMINATION. Geneviève Bernatchez est récemment devenue la première femme à occuper le poste de juge-avocat général (JAG) des Forces armées canadiennes.

La capitaine de vaisseau originaire de Brossard a été promue au rang de commodore et nommée au très convoité poste de JAG le 27 juin, lors d’une cérémonie d’investiture à Ottawa. Elle succède ainsi au major-général Blaise Cathcart et devient le conseiller juridique du gouverneur général, du  ministre et du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes sur les questions touchant au droit militaire. En tant que JAG, Geneviève Bernatchez supervise aussi l’administration de la justice militaire.

«Je ne m’attendais pas du tout à cette nomination, assure la nouvelle juge-avocat général. C’est un très grand honneur qui est le résultat d’un processus très serré entre les candidats. Je connaissais les qualités et la valeur de chacun d’entre eux. Ce n’était vraiment pas une chose acquise.»

Contribuer à la société à grande échelle

Titulaire d’une maîtrise en études juridiques internationales de l’Université de Georgetown, d’un baccalauréat en droit de l’Université de Montréal et d’un diplôme d’études collégiales en administration du Collège Jean-de-Brébeuf, Geneviève Bernatchez est également membre du Barreau du Québec depuis 1993.

Élève brillante, elle explique pourtant s’être dirigée vers le droit «un peu par accident», encouragée par ses professeurs qui lui trouvaient des talents d’oratrice.

«À cet âge, on ne sait pas vraiment ce que l’on veut faire dans la vie, exprime-t-elle. Mon intérêt pour le droit n’a pas tout de suite été une évidence. Après mes études, j’ai même dû prendre une pause. C’est là que je me suis enrôlée dans la Réserve navale canadienne. L’aspect corporatif et la pratique du droit privé ne me correspondaient pas, je voyais plus grand, je voulais contribuer à la société à une autre échelle…» 

Présence des femmes dans les Forces armées

Dès 1987, Geneviève Bernatchez a servi à divers postes de commandement, d’état-major et d’instructeur dans la Réserve navale, ce qui était tout à fait inédit pour une femme à cette époque. Transférée à la Force régulière en 1997, elle est entrée au service du Cabinet du juge-avocat général.

«L’armée m’a tout de suite animée, se souvient-elle. Ce qui me plaisait, c’était l’aventure et les grands défis… Quand je suis rentrée dans les Forces armées, il n’y avait pas de femmes à des postes opérationnels. Mais les choses changeaient et j’avais beaucoup d’ambition. Je suis arrivée au bon endroit, au bon moment.»

Celle qui a été promue au grade de capitaine de vaisseau en 2010 évoque ensuite les femmes qui l’ont précédée dans ce milieu encore considéré comme masculin.

En tant que juge-avocat général adjoint – Opérations, Geneviève Bernatchez a occupé le poste de chef d’état-major du juge-avocat général et de juge-avocat général adjoint aux services régionaux. Coauteure du manuel Tallinn sur le droit international applicable à la conduite de la cyberguerre, elle est intervenue en tant qu’avocate militaire principale dans les conflits au Kosovo, en Afghanistan et en Libye. 

«En 1987, les choses n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui, ajoute la commodore Bernatchez. Il est certain que ça n’a pas toujours été facile de se faire accepter. Il y avait des générations d’hommes qui n’étaient pas encore prêts, certains n’avaient jamais travaillé avec des femmes. En 2017, les jeunes sont habitués à travailler ensemble. Ce n’est plus quelque chose de surprenant.» 

Poste à hautes responsabilités

Pour celle qui offre désormais ses conseils aux plus hautes instances du gouvernement «dans un contexte international complexe, avec des cadres juridiques interconnectés», il est essentiel «d’aller de l’avant». 

«J’ai la responsabilité de m’assurer de jouer un rôle positif et clé dans ces changements, croit la commodore. Je dois aussi embrasser le rôle de leader pour donner la place nécessaire à toutes les minorités. L’inclusion est une priorité absolue à notre époque et la diversité est la grande force de notre pays. Mon rôle est de rappeler à nos responsables que nous devons rester ancrés dans cette réalité», conclut-elle.