Incendie mortel: une Américaine poursuit un Brossardois pour 14 M$

Olivier Robichaud olivier.robichaud@tc.tc
Publié le 24 février 2016

La seule à avoir survécu au brasier du 25 mars 2009, au Massachusetts, est Terri Knight. Elle a passé plusieurs semaines dans le coma et conserve d’importantes cicatrices. Elle a notamment reçu des greffes de peau sur ses mains et son dos.

©Gracieuseté – The Patriot Ledger

Un résident de Brossard, Bouchaib Gouriche, est visé par une poursuite internationale de plus de 14 M$ US, presque sept ans après qu'un incendie mortel ait coûté la vie à un réfugié iraquien et à ses deux fils, au Massachusetts. Le plus jeune était âgé d'à peine 2 mois.

L'affaire remonte à 2009, dans la municipalité de Quincy, en banlieue de Boston. Selon divers reportages diffusés à l'époque par les médias américains, Oudah Frawi habitait dans le sous-sol d'un édifice de six logements avec sa femme, Terri Knight, et leurs deux enfants, Ali, 1 an, et Hassan, un poupon de 2 mois.

Tôt le matin du 25 mars 2009, un incendie s’est déclenché à cause d'une lampe défectueuse. M. Frawi et Mme Knight ont tenté d'évacuer leurs tout petits, sans succès.

La mère est la seule à avoir survécu au brasier. Elle a passé plusieurs semaines dans le coma et conserve d'importantes cicatrices. Elle a notamment reçu des greffes de peau sur ses mains et son dos.

«Mme Knight a été sévèrement brûlée, affirme son avocat, Me William Kennedy, en entrevue au Brossard Éclair. Le hasard a fait en sorte qu'elle portait un vêtement qui était traité pour retarder les flammes; c'est pour cela elle a survécu.»

Appartements illégaux

Le logement qu'occupaient les Frawi était illégal. Les propriétaires de l'immeuble avaient un permis pour quatre logements, mais deux autres avaient été ajoutés sans en avertir les autorités municipales.

L'incendie qui a coûté la vie à Oudah Frawi et ses deux fils a eu lieu dans un appartement aménagé illégalement dans cet édifice, qui appartenait autrefois au Brossardois Bouchaib Gouriche.

©Gracieuseté – The Patriot Ledger

Pire, le logement de la famille Frawi n'avait pas de détecteur de fumée ou de sortie de secours, sans parler des autres infractions au code du bâtiment soulevées par les autorités.

Au moment de l'incendie, l'édifice appartenait à deux Américains, Andy et Jason Huang, qui ont été condamnés au criminel dans cette affaire. Leur compagnie d'assurances a également payé un peu moins de 1 M$ à Terri Knight.

Gouriche fautif?

Mais, selon Me William Kennedy, la responsabilité première revient à Bouchaib Gouriche, un courtier immobilier de Brossard qui était propriétaire des lieux entre 2001 et 2007. C'est ce dernier qui aurait ajouté les deux appartements illégaux, dont celui qui a pris feu.

En 2014, trois jugements de la Cour supérieure du Massachusetts ont condamné M. Gouriche à payer un total de 14 M$ US à Terri Knight en dommages et en frais d'avocats. Le mois dernier, la veuve de 32 ans a déposé une demande à la Cour supérieure du Québec pour faire exécuter ces jugements.

Or, Gouriche rejette toute responsabilité dans cette affaire et affirme qu'il n'a pas pu se défendre lors des procédures américaines.

«Les jugements ont été rendus par défaut parce que je ne pouvais pas me rendre aux États-Unis. J'avais des problèmes avec l'immigration», affirme-t-il.

Bouchaib Gouriche habitait dans l'édifice qui a pris feu entre 2001 et 2003, date à laquelle sa demande de résidence permanente a été refusée. Il s'est ensuite installé à Brossard. Selon lui, il n'était jamais question que le sous-sol devienne un appartement pendant qu'il en était propriétaire.

«On a réaménagé le sous-sol pour que ça devienne une salle familiale pour mes enfants et mon neveu, affirme-t-il. Il n'y a jamais eu de locataire dans le sous-sol quand ça m'appartenait.»

M. Gouriche affirme avoir été sous le choc lorsqu'il a appris ce qui s'est passé en 2009.

«Je suis désolé pour la perte de vie du mari et des enfants de Mme Knight. Mais je n'ai rien à me reprocher dans cette histoire.»

L'affaire sera entendue au palais de justice de Longueuil à une date encore indéterminée.

Avec la collaboration d'Arnaud Koenig-Soutière.