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Robert Charlebois: ma vie à moi, c’est la musique


Publié le 9 août 2017

Robert Charlebois sera au Festin culturel, le 12 août.

©Gracieuseté

ENTREVUE. L’industrie de la musique change. Le disque fait place au streaming et au numérique… et l’album n’est plus l’objet culte, la carte de visite. Mais le métier de Robert Charlebois n’est pas de faire des disques, rappelle-t-il; c’est de créer de bonnes chansons. Et le «contact animal» de la scène – là où «les grands sorciers se manifestent» – demeure irremplaçable.

Le grand sorcier Charlebois se manifestera d’ailleurs sur la scène du Festin culturel de Brossard, le 12 août, à 21h30.

Pour l’un ou l’autre des différents spectacles qu’il livrera prochainement au Québec, le chanteur a l’embarras du choix des «orchestres»: la totale avec les cuivres, le rhythm section rock ou la «version réduite», celle des concerts sur des bateaux des îles grecques. Pour le spectacle en plein air sur la Rive-Sud, place à «l’artillerie lourde, les gros canons»; cuivres et synthétiseurs.

Presque 55 ans de métier auront – entre autres – appris à Robert Charlebois à maîtriser l’art de s’adapter à son public.

«Je fais de la haute couture musicale! J’essaie de donner l’émotion maximale en composant avec la salle, la vibration des gens, image Charlebois. Si ce sont des punk en veste de cuir, ça ne sera pas les mêmes chansons que pour des matantes en manteaux de vison!»

Car oui, le répertoire de celui derrière Tout écartillé, Mon pays et Fu man chu ratisse large.

«J’ai l’humanité souffrante au complet dans mon public! J’ai tellement de matériel que si je sens que le public a envie de choses plus fines et intimes, je me retourne vers mes musiciens, et on joue des chansons plus émotives. Si c’est rock’n’roll et que le party pogne, on en a autant!»

«Dans un show en plein air, souvent, la municipalité nous invite, la moitié des gens viennent pour le feu d’artifice, poursuit-il. Ce n’est pas le temps de leur faire Ne pleure pas si tu m’aimes ou de chanter Quand je serai mort, enterrez-moi dans un piano», rigole-t-il.

Bonheur artificiel

Avec un répertoire qui a traversé les années, la nostalgie, Robert Charlebois connaît. C’est ce qui nourrit tous ceux qui viennent le voir en lui signifiant que sa musique les a fait pleurer ou fait rire, qu’elle a bercé leurs étés en camping, a célébré leur mariage.

«Je me suis divorcé sur vos tounes, ce n’est pas encore arrivé!» blague le chanteur.

«Ça fait partie des émotions que j’ai véhiculées à travers mes chansons et ça s’appelle la nostalgie. Et ça n’a rien de honteux! C’est une façon artificielle de trouver du bonheur. On est jeune une seule fois. Quand bien même on se ferait remonter le visage et on s’habillerait comme un teenager, ça ne revient plus, ces choses-là. Mais on peut les vivre à travers les vieilles chansons.»

Un cadeau du ciel, à ses yeux, d’avoir connu de grands succès que les gens ont porté dans leur cœur pendant des décennies. Inévitablement, un spectacle sans Lindberg, Les ailes d’un ange, Mon pays ou Ordinaire est pratiquement impossible. Ce que comprend totalement Charlebois, lui qui s’attendait à My Way ou Chicago lorsqu’il allait voir Sinatra.

Au fil des ans, sa relation d’amour avec le public semble immuable, ce qui n’a pas pour déplaire à celui dont la retraite ne veut pas de lui… et vice versa. «Ce n’est pas un métier de liberté. T’as un patron et il est très très exigeant: c’est le public. Le jour où il te lâche, t’as beau louer toutes les salles de la planète, il n’y aura personne dedans.»

Peut-être que l’un des trucs est de s’entourer de la jeunesse, ce que fera Charlebois notamment avec le projet Rockoustic, à venir à l’automne.

«Si je prenais des musiciens de mon âge, on aurait l’air d’une gang de vieux cons et il me semble qu’il y a déjà les Rolling Stones qui font ça!, s’amuse Robert Charlebois. L’énergie, la pureté, elle vient de la jeunesse. C’est communicatif. Je ne suis qu’une prise de courant entre l’orchestre et le public. Puis, contrairement à ce qu’on pense, le public est la moitié du spectacle.»

La nouveauté ou la mort

Avec l’industrie de la musique en transformation, nouvelles compositions ne sont pas forcément synonymes de nouvel album pour Robert Charlebois.

«Les nouvelles bagnoles n’ont même pas de quoi les faire jouer. J’ai donné un CD à un jeune. Il m’a dit "Je vais aller l’écouter dans l’auto de ma grand-mère; elle a encore un mange-disques"», raconte-t-il, dans un éclat de rire. Ce qui l’amène à se demander quand, où et dans quelles circonstances il présentera ses nouvelles compositions.

Car une question que Charlebois ne se pose pas, c’est bien s’il continuera à créer. «J’emmagasine des chansons nouvelles. Il faut toujours de la nouveauté, sinon, c’est la mort», tranche-t-il.

L’entrevue téléphonique interrompait d’ailleurs une séance de création. «Quand je suis dans des compositions nouvelles, j’oublie l’heure. J’étais tellement loin!, avait lancé d’emblée le chanteur. Y’en a qui font du yoga pour s’échapper. Moi, ça me prendrait du yoga pour redescendre!»

J’veux d’l’amour

La composition et l’écriture ont toujours quelque chose de grisant pour Robert Charlebois, avec ou sans l’aide d’un ami chanteur ou poète. Pour les chansons d’amour, c’est un travail solitaire.

«Je n’en ai pas fait beaucoup de chansons d’amour, mais j’arrive à un âge où, oui, c’est l’fun de faire de la caricature sociale et protester, mais il y en a plein les journaux. Ce dont les gens ont encore besoin, c’est d’amour. Pas d’amour sexuel forcément, mais toutes les formes d’amour que les dieux grecs nous ont inspirés. Ça reste ça qui fait marcher le monde.»

En plus de l’amour du public, Robert Charlebois recevra la reconnaissance du milieu universitaire, alors que l’Université de l’Outaouais lui remettra à l’automne un doctorat honorifique, qui s’ajoutera aux autres diplômes honoris causa que le chanteur a reçus au cours de sa carrière. Un petit velours qui fait sourire le principal intéressé.

«Je n’ai jamais eu de médailles quand j’étais petit. Je faisais mon devoir de mathématiques dans mon cahier de français. La maitresse me donnait zéro, même si j’avais les bonnes réponses. C’est comme ça que j’ai commencé à haïr les mathématiques!»

Son amour des mots et de la langue française, quant à lui, est demeuré intact.